Reportage produits

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Claret, « un vin rouge clair et léger », a officiellement été lancé par l’appellation bordeaux à l’occasion du salon Wine Paris. Un retour vers le passé puisque le claret (prononcer clarette) existe depuis le Moyen Âge et a fait la renommée de Bordeaux en Angleterre. Cette mention traditionnelle est désormais encadrée par un cahier des charges qui a été accepté par l’Inao en septembre 2025 et qui précise : « Les clarets sont des vins rouges à la structure tanique légère et à la couleur rubis à pourpre peu intense. Ils sont gourmands et sur des arômes de fruits rouges mûrs. Ces vins présentent une bonne aptitude à être consommés frais et plutôt dans leur jeunesse. »

Si tous les cépages bordelais sont acceptés, le claret doit afficher un faible niveau en tanins avec des indices phénoliques totaux compris en 20 et 55. En revanche, une large gamme de couleurs est autorisée, avec une intensité colorante (ICM) allant de 3 à 15. Enfin, sa teneur en sucre doit être comprise entre 0 et 7 grammes par litre, « ce qui reste faible, puisqu’en dessous de 10 grammes, le consommateur ne perçoit pas le sucré, tout en apportant un caractère gourmand », précise Stéphanie Sinoquet, la directrice de l’ODG bordeaux. Enfin, le taux d’alcool minimum est de 11°.

Une quarantaine de producteurs se sont déjà engagés dans la démarche. L’objectif est d’abord de séduire les consommateurs de 25 à 40 ans dont le CIVB a fait sa cible prioritaire. Le syndicat espère une mise sur le marché d’au moins 1 million de bouteilles pour le premier millésime, 2025, dont une partie pourrait être de forme bourguignonne. « C’est une recommandation pour le marché français sur lequel nous devons casser les codes de Bordeaux, notamment pour intéresser le CHR », souligne Stéphanie Sinoquet.

Il existe pourtant un risque de confusion avec le clairet, qui bénéficie lui aussi d’une « mention traditionnelle ». « En fait, le clairet est un rosé dont l’ICM est inférieur à 3. En outre, nous avons fait une étude qui montre que le clairet est prisé de la génération des baby-boomers, alors que le claret vise celle des 25-40 ans qui, eux, ne connaissent pas le clairet. » Les professionnels vont être dans l’obligation de s’adapter. En effet, le claret est vendu sur le marché britannique en tant que bordeaux rouge et va devoir être rebaptisé « Bordeaux Rouge Classic », précise Stéphanie Sinoquet. Si la mention « claret » est aujourd’hui protégée en Europe, elle intéresse pourtant d’autres régions françaises, en particulier la vallée du Rhône qui a déjà manifesté son intérêt afin de mieux commercialiser ses vins rouges frais et légers en alcool. Si, à Bordeaux, on a bien envisagé d’ouvrir cette mention à des partenaires afin de lui donner plus de poids, aucune décision n’a encore été prise.