- Auteur : Nelly Barbé
AOC du Languedoc : la stratégie du président du CIVL pour sortir de la sinistrose
Pierre Bories, président depuis un an du conseil interprofessionnel des AOC du Languedoc et des IGP sud-de-france (CIVL), entend « sortir de la sinistrose », sans pour autant nier la réalité. En 2025, la commercialisation des AOC du Languedoc est en baisse de 5,7%, tout comme les sorties de chai qui affichent ‑8% pour les AOP et ‑4% pour les IGP de territoire. Le vrac est en progression de 1%. « La crise du rouge n’est pas sur tous les segments », pointe celui qui est également à la tête du Château Ollieux Romanis en cru boutenac, citant des appellations qui tirent leur épingle du jeu, comme l’AOP terrasses-du-larzac en progression de 20%, l’AOP boutenac de 11,9% ou encore la-livinière de 21,5%. Certaines IGP de territoire sont aussi relais de croissance (+14,4% pour les IGP côtes-de-thau, +2% pour les IGP saint-guilhem-le-désert, +1,3% pour coteaux-du-pont-du-gard). À côté de ces appellations en hausse, d’autres souffrent, à commencer par l’AOC régionale languedoc qui accuse une baisse de 17,2% en 2025. « 70% de la baisse est imputable aux expéditions anticipées vers les États-Unis en 2024, en raison de la menace des taxes Trump. » L’AOP faugères affiche ‑12,8%, saint-chinian ‑13,5% et cabardès ‑19,4%. L’AOP la-clape limite la casse à ‑6,6%. Baisses également pour certaines IGP avec coteaux-de-béziers à ‑9,4%, côtes-de-thongue ‑à 15,6% ou encore coteaux-des-cévennes à ‑3,9%.
Offensive à l'export
Le CIVL entend mettre en place des actions collectives sur mesure, encourageant « les appellations à collaborer entre elles et à partager les bonnes pratiques. Les zones de croissance doivent servir pour créer de la visibilité et de l’envie chez le consommateur pour d’autres appellations. Contrairement au Languedoc, beaucoup de régions ont abandonné les segments où il y a du volume et de la valeur. Avec la baisse de la production mondiale qui va plus vite que celle de la consommation mondiale, la relation de force va se faire sur ces segments avec les réseaux de distribution qui ont besoin de gros volumes ». Se méfiant du terme « premiumisation », « qui ne prend en compte que le sommet de la pyramide », Pierre Bories vise pour les AOC du Languedoc la catégorie prix consommateur 8-25 €, « non élitiste et représentant une opportunité énorme pour notre région ». L’export, qui représente 40% des 80 M de cols commercialisés en AOP du Languedoc par an, « est un débouché qui tangue, mais cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas y aller. L’avenir du Languedoc n’est pas dans la prise de parts de marché en France, mais à l’export, avec certains vignerons qui décideront d’en être les leaders ». Des vignerons qui iraient chercher des segments un peu supérieurs à ceux qu’ils occupent actuellement en France, à l’instar de l’AOP terrasses-du-larzac, bien installée sur les marchés montpelliérain et parisien. « En allant à l'international, cela libérerait des parts de marché en France et donnerait de la place à d’autres appellations. »