- Auteur : Frank Niedercorn
Bordeaux passe sous les 80 000 ha et diversifie son offre
Dans « la tourmente de la crise viticole depuis 5 ans », la filière des vins de Bordeaux continue de « réduire la taille de son vignoble », tout en travaillant « pour adapter les produits aux attentes des consommateurs », a expliqué Bernard Farges, président du CIVB, lors d’une conférence de presse à Paris. La dernière édition de cet événement, jadis annuel, à l’occasion duquel le CIVB fait un point économique, remonte au 9 mars 2020, à la veille de la pandémie de Covid. Depuis, la filière bordelaise vit une lente descente aux enfers avec un vignoble dont la superficie n’est plus que de 86 000 ha en AOC (selon les chiffres officiels des déclarations de récoltes 2025), contre plus de 120 000 ha en 2007, et qui devrait passer largement en dessous de 80 000 ha cette année. La diversification reste pourtant lente et la production de vin rouge occupe toujours 82% des superficies (85% en 2016), devant les blancs (9% en progression de 0,5%), les rosés (4%) et les blancs doux (1%, stables), tandis que les crémants sont les seuls à progresser notablement passant de 0,8% à 4% du vignoble.
Si la production a reculé à la suite à une série d’aléas et de rendements en baisse (notamment en 2025 avec une production à 2,9 Mhl), les ventes ont plongé encore plus vite, à 3,4 Mhl en 2024-2025, contre plus de 5 Mhl il y a 20 ans. Face à un marché mondial lui aussi en baisse dans un contexte de déconsommation généralisé, à 214 Mhl selon l’OIV, contre 240 Mhl il y a 10 ans, « nous avons donc 3 Mhl à commercialiser, ce qui est réaliste », veut croire Jean-Pierre Durand, coprésident de la commission promotion du CIVB. L’interprofession a confirmé qu’avec un budget en baisse – 11 M€ alloués à la promotion contre 20 M€ il y a quelques années –, elle réduit ses ambitions et focalise désormais ses efforts sur la cible des 25-45 ans. Il s'agit notamment d'intervenir auprès des professionnels de la distribution traditionnelle en raison de leur rôle de « prescripteur ». Une étude menée par l’institut Opsio pour le CIVB montre ainsi que les professionnels ont « une vision erronée de l’avis des consommateurs sur l’attractivité de Bordeaux ». « Si je suis un consommateur jeune et que je demande un bordeaux dans un bar à vins, il y a toutes les chances qu'on me propose un vin de France sur base de cabernet sauvignon ou de merlot », dénonce Jean-Pierre Durand.
La filière bordelaise tente également de contre-attaquer en diversifiant ses produits. Deux nouvelles appellations sont venues s'ajouter aux 45 existantes : l'entre-deux-mers rouge et le médoc blanc qui, avec 200 ha, vise à concurrencer pessac-léognan et ses 250 ha. Le lancement sur lequel l’interprofession compte néanmoins le plus, c'est la refonte de la mention traditionnelle « claret », associée à l’AOP bordeaux, qui permet dorénavant de produire un vin rouge léger, à boire frais, avec un taux de sucre entre 0 et 7 g/l. 47 viticulteurs se sont lancés dans l’aventure, qui ont produit 16 000 hl. Si 20 cuvées ont été dégustées, les autres opérateurs attendent la possibilité de procéder à l’édulcoration (permettant d’augmenter le taux de sucre grâce à l’ajout de moûts de raisins lors de la mise en bouteille), une pratique qui devrait être autorisée par l’Inao à partir du mois de juin prochain – les vins déjà dégustés ayant été vinifiés de façon classique. « L’édulcoration n’était pas un sujet en France pour les AOC, c’est le claret qui l’a mise sur la table et ouvert cette possibilité jusqu’à 9 grammes de sucre pour des vins secs. Le moût étant considéré comme un intrant, il doit venir de l’appellation considérée », précise Bernard Farges.