Reportage marchés

Paysage de vallée du Rhône
Reportage marchés

L’important recul depuis une décennie de la production des AOP de la vallée du Rhône se poursuit. L’ensemble des prix de ventes recule. Heureusement, les stocks baissent, augurant une stabilisation du marché.

Le millésime 2025 s’inscrit comme l’un des plus faibles volumes jamais enregistrés en vallée du Rhône. Son niveau devrait atteindre 2 Mhl, encore en fort recul de 7% environ. Cette baisse suit deux autres années de récession : ‑160 000 hl en 2025 et ‑206 000 hl en 2024. Un phénomène durable. Le vignoble a perdu 1 Mhl en une décennie !
L’arrachage de 3 400 ha en 2025 participe pour 5% à la baisse de volume, et les revendications passent dorénavant sous les 60 000 ha. Alors que l’interprofession se mobilise pour s'imposer sur le marché des vins blancs, sa production a reculé cette année de 3%. Néanmoins, avec 13% de la récolte (254 000 hl), contre 5% il y a 5 ans, le blanc égale désormais le rosé. Le rouge (74% des volumes) recule de 8% (1,476 Mhl). Ces faibles productions participent à la réduction des stocks. Leurs volumes passent sous la barre des douze mois de commercialisation.

Recul de la commercialisation

Les sorties de chais affichent 2,23 Mhl (‑5%) sur l’exercice. Le vrac, qui représente les deux tiers des sorties de chais, perd 4% en 2025, après une progression sur les 12 mois précédents à fin juillet 2025. Sur la même période, le conditionné affiche une baisse de 7%.

En termes de commercialisation, Inter Rhône constate des disparités parmi ses très nombreuses AOP. Le côtes-du-rhône (50% de la production) progressait en sortie de chais jusqu’à fin juillet (+4%), mais termine à ‑3% à sur douze mois à fin décembre 2025, tout comme les côtes-du-rhône villages (‑4%). Les crus méridionaux confirment une reprise de 4% de fin juillet à fin décembre. Les sorties de chais des crus septentrionaux reculent pour leur part de 8%.

En GD, qui absorbe 39% des volumes commercialisés, Philippe Pellaton souligne la bonne résistance de ses appellations (‑2,7%) par rapport à l’ensemble des AOP, en berne de 5%. Inter Rhône constate une légère progression des vins du Luberon et de fortes croissances pour cairanne et beaumes-de-venise. Globalement, les rouges reculent de 2,8%, contre 6,6% l’année précédente. Les blancs rhodaniens poursuivent leur progression. S’ils ne pèsent que 4% des ventes en GMS, leur croissance est de 3,5%.
En circuit traditionnel, l’érosion reste limitée à ‑0,7% en volume dans un marché en recul annoncé de 5,6%, et à ‑1,4% en valeur, contre -4,7%. « La vallée du Rhône demeure sur ce circuit la première des régions pour les AOP tranquilles. Elle pèse 40% de plus que le second vignoble », annonce Philippe Pellaton.

Sur 12 mois, les exportations rhodaniennes reculent de 5%, en volume et en valeur. Le côtes-du-rhône générique recule encore de 3% en volume mais stabilise son chiffre d’affaires. Les côtes-du-rhône villages perdent 2%, tant en volume qu’en valeur. « La fermeture du grand export provoque un report de tous les opérateurs sur les marchés proches, à l’instar de la Belgique, souligne le président d’Inter Rhône. Cette destination subit un véritable engorgement. »
Si certaines destinations connaissent une croissance, comme le Royaume-Uni (+3%) ou la Suède (+6%), et que les États-Unis (‑1%) affichent une stabilité, les exportations reculent vers la Belgique (‑10%), le Canada (‑12%), l’Allemagne (‑4%) et les Pays-Bas (‑10%). Parmi ce flot de mauvaises nouvelles, Philippe Pellaton souligne que, sur 10 ans, l’export a progressé de 7% en valeur quand les volumes baissaient de 20%.

Autre motif de consolation : « Le bio atteint 25% (+2 points), les vins HVE 37%. » Mais un autre problème se profile : « La baisse des rendements, tombés entre 30 hl/ha et 35 hl/ha, due aux aléas climatiques, remet en cause le modèle économique de la production et le renouvellement des générations », conclut le viticulteur, également président de la coopérative gardoise Sinnae.